L’HISTOIRE DE L’INSTITUT

La Société des Nations et la création de l’Institut 

 

La création de l’Institut en 1927 découla de l’installation de la Société des Nations à Genève après la Première Guerre mondiale et du souci d’éviter une nouvelle catastrophe en rendant la diplomatie plus transparente et en formant mieux les citoyens aux questions internationales.

William Rappard, professeur d’histoire économique à l’Université de Genève, joua un rôle moteur dans cette création. À ses yeux, l’Institut devait avoir une double fonction. D’une part, il répondrait aux besoins des institutions internationales en contribuant à la formation de leurs collaborateurs et en fournissant son expertise sur les thématiques qu’elles traitaient. D’autre part, il serait un lieu d’études universitaires appelé à former des personnes conscientes des enjeux internationaux.

En automne 1927, l’Institut universitaire de hautes études internationales (HEI) ouvrit ses portes. Il était la première institution au monde à se consacrer entièrement à l’étude des relations internationales. 
Il se distingua dans la crise des années 1930 et la guerre mondiale qui suivit en accueillant des chercheurs exilés de toute l'Europe et en maintenant son indépendance intellectuelle.

L’Institut durant la guerre froide 

 

À partir des années 1950, l’Institut connut, sous la direction de Jacques Freymond, une phase d’élargissement et d’expansion qui reflétait la transformation de la communauté internationale. Il prit en compte l’histoire du communisme et de la guerre froide et accorda une importance particulière à la diplomatie multilatérale, aux études stratégiques, au commerce et à l’économie monétaire internationale, ainsi qu’aux questions liées au tiers-monde et au développement.

Sur le plan géographique, l’Institut s’ouvrit à des régions comme l’Europe orientale, l’Asie et l’Amérique latine. La provenance de ses enseignants et de ses étudiants se diversifia, tandis qu’il continuait à acceillir des réfugiés, notamment lors des crises hongroise et tchécoslovaque. Jacques Freymond allait contribuer à la création de l’Institut africain de Genève, ainsi que de trois instituts de relations internationales à Trinité-et-Tobago, Nairobi et Yaoundé, auxquels s’ajouta plus tard Malte.

L’Institut continua à adapter son enseignement et sa recherche à l’évolution du monde, tout en renforçant ses liens avec le système des Nations Unies, en premier lieu avec les agences spécialisées établies à Genève après 1945. S’y ajoutèrent les institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale), avec lesquelles des liens forts se tissèrent, notamment à travers l’engagement de nombreux diplômés

La décolonisation et la création de l’IUED  

 

Dès les années 1950, le mouvement de la décolonisation conduisit, aussi bien au niveau des États que de la communauté internationale, à la création d’organismes et de programmes dans le domaine du développement.

En 1961, le canton de Genève, avec l’appui de l’Église protestante et de Jacques Freymond, donna naissance au Centre genevois pour la formation de cadres africains, rebaptisé peu après « Institut africain de Genève ». En 1973, l’Institut africain se transforma en Institut d’études du développement, puis, après la signature d’une convention avec l’Université de Genève en 1977, en Institut universitaire d’études du développement (IUED).

L’IUED découlait d’une part de la volonté d’étudier les questions de développement dans leur globalité et leur diversité et, d’autre part, de l’importance donnée au lien entre théorie et pratique. Il valorisait une approche interdisciplinaire qui s’appuyait sur l’anthropologie, l’écologie, l’économie du développement et la sociologie politique, et donnait du prix à la réflexion épistémologique. Considérant que la pratique du développement était indispensable à son étude, l’IUED privilégiait également les enquêtes de terrain et utilisait à cet effet les projets qu’il réalisait pour le compte de la Direction du développement et de la coopération suisse. 

La création du nouvel Institut 

 

Au début des années 2000, les autorités publiques de Berne et de Genève impulsèrent l’idée d’un regroupement des deux instituts universitaires. Leur préoccupation était de renforcer l’attractivité de la Genève internationale en lui donnant un interlocuteur académique de taille. 

En 2007 fut constituée la Fondation pour l’Institut de hautes études internationales et du développement. Il était entendu que le nouvel Institut recevrait davantage de moyens financiers, qu’il acquerrait une pleine autonomie vis-à-vis de l’Université de Genève et qu’il réaliserait un immeuble capable d’accueillir ses collaborateurs et ceux des centres soutenus par la Confédération. Il fut également entendu que cet immeuble serait la propriété de l’Institut qui recevrait une subvention au titre de l’investissement universitaire ; en contrepartie, l’Institut assumerait le risque immobilier et financier de sa construction, notamment en recourant à un emprunt bancaire et en recherchant des dons de mécènes.

L’Université de Genève soutint la création de la nouvelle institution en reconnaissant en 2006 sa pleine autonomie et sa capacité de délivrer ses diplômes, y compris le doctorat. Un partenariat fut mis en place, fondé sur la création et le développement de trois centres conjoints dans des domaines où l’addition des forces permettait un impact plus grand : l’Académie de droit international humanitaire et de droits humains, le Centre pour le règlement des différends internationaux et le Centre d’enseignement et de recherche en action humanitaire.

Un profil unique

 

À travers les choix faits depuis 2008, l’Institut a acquis un profil original qui est un mélange de continuité et d’innovation.

La continuité se marque dans le statut de fondation de droit privé ; dans la vocation de contribuer à la coopération internationale et au développement de sociétés moins favorisées ; et dans l’usage du droit international et des sciences sociales pour analyser les problèmes du monde contemporain.

L’innovation apparaît dans l’intégration de l’approche par discipline et de l’approche interdisciplinaire afin de concilier le contrôle de qualité universitaire et la préoccupation d’apporter des solutions concrètes ; dans la combinaison des relations internationales et des études du développement pour mieux répondre aux défis globaux du monde ; et dans l’importance donnée à la formation continue à l’intention des acteurs internationaux.

À cela s’ajoute le souci de renforcer la base financière de l’Institut en utilisant la liberté que donne son statut de fondation de droit privé. Dans cette perspective, la constitution d’une fortune immobilière, sous la forme notamment de logements pour étudiants, représente un moyen privilégié d’accroissement des revenus et de soutien pour les développements futurs.