02 mai 2016

L’Union européenne et l’Afrique

Dêlidji Éric Degila, PhD, chercheur en résidence au Programme for the Study of International Governance et professeur invité de politique africaine  aux  Universités de Waseda et Komajo de Tokyo

Au cours des trois dernières décennies, la coopération entre l’Union européenne et l’Afrique a essentiellement pris la forme de l’aide au développement. Cette tendance s’est accentuée ces quinze dernières années, notamment dans le cadre des OMD (Objectifs du millénaire pour le développement). En effet, l’Union européenne a fourni presque un cinquième de l’aide au développement dont a bénéficié l’Afrique entre 2000 et 2015. Avec ses États membres, elle est le premier partenaire au développement de l’Afrique en finançant plus de la moitié de l’aide publique à destination du continent. Cet engagement sans précédent qui visait en particulier l’éradication de l’extrême pauvreté ainsi que la promotion de la paix et la sécurité,  s’est notamment déployé dans le cadre de l’Accord de Cotonou. Ce partenariat devait entre autres favoriser la pleine insertion de l’Afrique dans l’économie mondiale : ainsi, l’Europe aurait permis à l’Afrique de sortir de l’ornière en la mettant sur le chemin de la prospérité.

A l’heure du lancement des ODD (Objectifs de développement durable), nouveau cadre global en faveur du développement, l’on peut s’interroger sur l’efficience de ce modèle de coopération Union européenne/Afrique qui peine à créer des conditions de vie décentes sur un continent où vivra un quart de la population mondiale en 2050. La question de l’immigration clandestine en provenance de l’Afrique et à destination de l’Europe se pose toujours avec acuité, mettant bien en lumière les limites de cette politique d’aide. Si l’on se réfère au nombre toujours plus important des African desperados prêts à risquer leur vie pour rejoindre l’eldorado européen, l’on peut aisément déduire qu’il y a besoin de repenser ce partenariat pour le développement en adoptant une approche plus inclusive, par delà les logiques « compradoristes ».

De même, l’on peut s’interroger sur la pertinence des politiques d’intégration régionale en Afrique, souvent conçues dans une logique de mimétisme institutionnel, mises en œuvre par des institutions régionales sous perfusion et portées par des États eux-mêmes en construction. D’ailleurs, un des principaux écueils qui limitent l’efficacité de cette aide au développement est la mauvaise gouvernance. Celle-ci peut s’expliquer par la faiblesse des institutions et le caractère parfois endémique des pratiques néopatrimoniales en cours dans de nombreux pays africains, qui contribuent à diluer l’efficacité d’une aide européenne pourtant considérable.

Aussi, avec les multiples soubresauts qu’elle a connus ces dernières années – crises financière, sociale et politique –, l’Europe ne continue à faire rêver en Afrique qu’au travers de sa réputation de terre providentielle. Mais la roue tourne et le mythe n’est pas éternel.

S’il est vrai que l’engagement de l’Europe en faveur du développement de l’Afrique y a parfois été perçu avec défiance, la mise en œuvre des ODD est sans doute une bonne occasion pour repenser la coopération euro-africaine. L’Europe doit désormais œuvrer à construire de véritables partenariats pour une Afrique émergente, à partir de politiques de codéveloppement plus inclusives et qui correspondent aux besoins réels des populations locales. Une telle approche présenterait l’avantage d’être une bonne thérapie de réconciliation entre l’Europe des peuples et celle de ses institutions, qu’elles soient régionales ou nationales.

Cet article a été publié dans le nouveau numéro de Globe, la revue de l'Institut dont le dossier thématique porte sur "L'Union européenne et le monde"