09 mars 2018

Regard sur Haïti

Henry-Claude Fleury (MDev ’08) est conseiller à la Mission permanente d'Haïti auprès de l’ONUG. Il écrit en son nom.

Durant ces deux dernières décennies, dès qu’on parle d’Haïti, certains font allusion aux catastrophes naturelles, à la dégradation environnementale, au chômage et à l’émigration; et d’autres pensent à son attractivité culturelle, à la résilience de sa population et à la beauté de ses plages. Quel regard peut-on porter aujourd’hui sur Haïti?

Cet article présente brièvement le pays [1] en se focalisant sur sa situation économique, sociale et politique d’après-2010. Il conclut qu’en dépit des événements qu’a vécus Haïti dans cette période, elle dispose d’atouts pour promouvoir son développement.

1. Situation économique

L’économie haïtienne [2] est tributaire de ses exportations de produits de base [3] et de textiles qui n’arrivent pas à compenser ses importations, d’où un déficit chronique de sa balance commerciale, qui représentait 2,6 milliards de dollars américains pour l’année 2017.

La vulnérabilité environnementale du pays contribue à alimenter le cercle vicieux de la pauvreté. Les dommages causés par le séisme de 2010 et l’ouragan Matthew en 2016 ont été évalués à respectivement 120% [4] et 32% [5] du PIB [6].

2. Situation sociale

Henry-Fleury_IHEID_Alumni_2.jpgHaïti compte une population d’environ 11 millions d’habitants, dont l’âge médian est de 22 ans et le taux de croissance annuel est de 1,3%. Le taux de chômage est estimé à 60%. Le séisme de 2010 a provoqué des mouvements sociaux sans précédent. Depuis lors, l’émigration s’est accélérée vers les États-Unis, le Canada, le Chili et le Brésil [7]. La majorité de ces migrants sont de jeunes diplômés, qui s’intègrent dans leurs pays d’accueil et contribuent au développement de ceux-ci. En retour, ils soutiennent leurs familles au pays [8]. Toutefois, cette fuite de cerveaux aura à long terme un impact négatif sur l’économie nationale compte tenu de l’importance des ressources humaines qualifiées dans le processus de production de biens et de services.

3. Situation politique

Haïti est dans une phase de transition politique avec des hauts des bas. Elle est actuellement dirigée par le président Jovenel Moïse, issu du parti majoritaire au parlement. Celui-ci dispose d’une marge de manœuvre pour lancer la «caravane du changement» destinée à réparer et construire des infrastructures économiques de base.

Par ailleurs, Haïti est membre de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), dont elle assure la présidence jusqu’en juin 2018. Elle envisage d’intégrer pleinement le Marché et économie uniques de la CARICOM. A cet effet, le gouvernement a décidé de renégocier sa liste de concessions tarifaires à l’Organisation mondiale du commerce.

En somme, Haïti dispose d’une population jeune et résiliente ainsi que de ressources humaines qualifiées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Pour pouvoir profiter de ces atouts, elle doit réaliser de profondes réformes institutionnelles qui assureront les moyens et les conditions propices à son développement.  


----

[1] Dotée d’une superficie de 27 750 km2, Haïti est située dans les Caraïbes. Elle est limitée à l’est par la République dominicaine, à l’ouest par le passage du Vent (détroit de Winward), au nord par l’océan Atlantique et au sud par la mer des Caraïbes. Elle est divisée en 10 départements, 42 arrondissements et 140 communes.
[2] Le taux de croissance économique a été de 1,2% en 2017.
[3] Café, mangues, cacao, fruits de mer et huiles essentielles.
[4] CEPAL, www.cepal.org.
[5] Banque mondiale, « Haïti présentation ».
[6] PIB de 2009 et de 2015.
[7] Uniquement au Chili, la Police d’investigation a dénombré plus de 100 000 Haïtiens en 2017.
[8] Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds des migrants haïtiens pour l’année 2015 ont représenté 2,1 milliards de dollars.