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Colloque 2019 Yves Oltramare
Monday
07
October
Colloque Oltramare 2019

Les politiques du blasphème

Jean-François Bayart, Chair Yves Oltramare
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Maison de la Paix, Genève

Le délit de blasphème n’existe plus dans la plupart des démocraties européennes, mais l’instrumentalisation du blasphème pour dénoncer des insultes faites à la religion reste fréquente et s’accompagne souvent de violences. 

Le délit de blasphème n’existe plus dans la plupart des démocraties européennes, mais l’instrumentalisation du blasphème pour dénoncer des insultes faites à la religion reste fréquente. Elle s’accompagne souvent de violences visant aussi bien des essayistes, des artistes, des romanciers, des cinéastes que des caricaturistes. Les auteurs de ces violences sont des « fondamentalistes de l’identité », qui rejettent un monde hyper-sécularisé pour mieux défendre leurs adeptes contre de réelles ou d’imaginaires « blessures » infligées au nom de la liberté d’expression. Or, cette liberté n’est jamais totale, même dans les pays les plus attachés à la libre concurrence des idées. Elle est toujours encadrée par le législateur et la justice, et les communautés de croyants sont en général mieux protégées que les croyances proprement dites. Dans les sociétés pluralistes, le débat politique est indissociable de l’énonciation d’idées qui « heurtent, choquent ou inquiètent ». La seule restriction à la liberté d’expression est l’atteinte à l’ordre public, toujours difficile à définir. Que ce soit les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo, les Versets sataniques de Salman Rushdie, la saga des Pussy Riot, la Dernière tentation du Christ de Martin Scorsese ou le Piss Christ de Serrano, le blasphème est un révélateur brutal de l’imbrication de la religion et de la politique. « Se taire ou blasphémer ? », telle demeure souvent l’alternative, en une époque de globalisation du religieux et de sécularisation du politique.