16 April 2018

Israel-Palestine: où va-t-on ?

PALESTINIAN-ISRAEL-CONFLICT-GAZA

Cet article a été publié dans le nouveau numéro de Globe, la revue de l’Institut.

Comme les meilleures pièces de Broadway, la comédie du “Processus de paix d’Oslo”, inaugurée en septembre 1993 à Washington, fêtera son 25e anniversaire à l’affiche en 2018. Ou peut-être pas, faute d’acteurs disponibles…

Sans ces célèbres accords, l’Autorité palestinienne (AP) n’aurait jamais existé et les Israéliens auraient dû jouer le rôle des méchants occupants tout seuls. Grâce à l’AP et à la coordination sécuritaire avec Israël, la tâche de policer les Palestiniens a été partagée. L’aide internationale a servi à alléger la facture de l’occupation militaire et a permis à une majorité de la population palestinienne de survivre, tout en la rendant plus dépendante de l’aide externe.

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Riccardo Bocco, professeur
d'anthropologie et sociologie

En déclarant le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem – et par là en reconnaissant la Ville trois fois sainte comme capitale de l’État juif – le président Trump semble avoir décrété la fin de la comédie dont le contenu de plus en plus creux n’a jamais accouché d’une paix quelconque. Pour Donald Trump, « the game is over ». Les Israéliens sont les plus forts et ils ont gagné. Dès lors, on peut aller de l’avant et bafouer le droit international pour achever d’assujettir les Palestiniens toujours récalcitrants.

Et pourtant, les conseillers du président américain auraient pu lui montrer The Gatekeepers, le film de Dror Moreh où le réalisateur israélien interviewe six anciens responsables du Shin Beth, l’équivalent israélien du FBI. Ils sont unanimes à reconnaître qu’Israël gagnera toujours des batailles, mais jamais la guerre.

Et si l’« accord ultime » proposé par le gouvernement américain se révélait être un piège se refermant sur les meilleurs amis des États-Unis au Moyen-Orient ? Mahmoud Abbas ne veut plus s’asseoir à une table de négociations présidée par les Américains ; Trump coupe l’aide aux Palestiniens ; Benyamin Netanyahou, empêtré dans des scandales financiers, joue aux surenchères avec ses partisans de l’extrême droite… Mais où va-t-on ? Où se cache le « camp de la paix » israélien ? Quid du silence assourdissant des collègues universitaires israéliens ? Et l’Union européenne, a-t-elle peur de reconnaître Jérusalem-Est comme capitale du futur État palestinien ? Par crainte d’être accusée d’antisémitisme ?

Après des années où le devant de la scène médiatique a été occupé par les horreurs des guerres en Irak et en Syrie, la Palestine revient à l’honneur, mais peut-être pour le pire. Vu d’Europe, la question est plutôt : comment aider les Israéliens à ne pas s’enfoncer dans une démarche suicidaire ? En 1993, l’OLP avait bien reconnu Israël mais, le temps passant, le projet d’un État palestinien sur 22 % de la Palestine historique semble évaporé…

Dans un contexte international en pleine mutation, les chercheurs se doivent de dénoncer le risque d’une troisième déflagration mondiale, risque bien réel car la Palestine est une poudrière qu’une étincelle peut faire exploser.