13 February 2017

Les victimes de terrorisme sont partout mais sont invisibles

Laura Dolci Kanaan, Visiting Fellow, Programme for the Study of International Governance.

« Le 19 août 2003, le terrorisme est entré dans ma vie et celle de ma famille. Un camion rempli de deux tonnes de TNT a explosé au quartier général de l’ONU à Bagdad, tuant 22 de mes collègues – dont mon mari et père de notre bébé de trois semaines. Durant ces quatorze dernières années, je me suis efforcée de continuer à donner un sens à la vie. J’ai continué à travailler à l’ONU, où aujourd’hui je gère deux fonds humanitaires pour l’assistance aux victimes de la torture et de formes modernes d’esclavage auprès du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

laura dolci kanaan.jpg» Mon mari, notre fils et moi-même sommes des victimes du terrorisme contemporain, qui est un crime visant la société entière et laissant derrière lui des centaines de milliers de victimes affectées directement (165 000 morts et 280 000 blessés entre 1997 et 2015 selon le Global Terrorism Index géré par l’Université du Maryland).

» Le terrorisme est le phénomène sociopolitique et sécuritaire de notre époque, même s’il existe depuis la fin du XIXe siècle. Malgré la dimension “publique” des actes terroristes, les victimes obtiennent rarement une reconnaissance publique ou une assistance. Dans la plupart des cas, il n’y a pas de procès devant un tribunal national ou international auxquels elles puissent être associées. Les victimes sont donc partout, mais partout invisibles.

» Je suis actuellement Visiting Fellow au Programme for the Study of International Governance de l’Institut dans le cadre d’un programme sabbatique de l’ONU. Durant ce séjour, je vais “intellectualiser” mon expérience de victime du terrorisme, dans une approche interdisciplinaire et sous la direction du professeur Thomas Biersteker. Je profiterai du savoir-faire de l’Institut pour mieux analyser et comprendre les conséquences de la violence terroriste sur les victimes directes. En interviewant d’autres victimes croisées sur mon chemin, j’essaierai de mettre en valeur leurs expériences et leurs besoins spécifiques et de proposer des mesures pour la restauration de leurs droits si durement violés.

» Le terrorisme frappe avec une régularité effrayante et il est temps d’aller au-delà des maigres manifestations de condoléances ou de solidarité aux victimes directes de ces actes. Certains pays commencent à le faire mais l’ONU ne s’est pas encore imposée comme catalyseur à ce sujet. Comme l’a dit l’ancien secrétaire général, Ban-Ki Moon, en 2008 : “By giving  a human face to the painful consequences of terrorism, you help build a global culture against it. Victims deserve to have their needs addressed; deserve to have their human rights defended, and deserve justice. »

Laura Dolci Kanaan participera au débat organisé le mardi 21 février après la projection du film Vous n’aurez pas ma haine en présence d’Antoine Leiris, coauteur et coréalisateur du film, et de Michael Møller, directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève.