10 March 2015

Des manuscrits de Louise Michel découverts à la bibliothèque

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars dernier, la bibliothèque de l’Institut met en ligne trois manuscrits de Louise Michel récemment découverts dans l’un des fonds qu’elle conserve, le fonds d’archives Boris Souvarine. Le fonds, qui regroupe une partie des archives de cet historien du communisme international, de nationalité française, abrite en effet plusieurs manuscrits de personnalités révolutionnaires, dont les trois manuscrits de Louise Michel. Christine Verschuur, chargée d’enseignement et de recherche en anthropologie et sociologie du développement et responsable du Pôle genre et développement, précise l’importance de cette découverte.

A quoi correspondent ces trois manuscrits ?

La bibliothèque conserve tout d’abord l’ordre d’arrestation de Louise Michel, datant de décembre 1871, peu après la répression de la Commune. Le deuxième document est une copie manuscrite, par Louise Michel, de la réponse qu’elle a envoyée au Figaro quelques jours après son retour de Nouvelle-Calédonie. Enfin, le troisième est également une lettre manuscrite de Louise Michel, écrite au cours de sa détention pour activisme politique dans les années 1880.

louise-michel.pngConnue comme militante anarchiste, franc-maçonne et l’une des figures de la Commune de Paris, Louise Michel a été également une féministe de premier plan. Quel a été son apport à la cause ?

Louise Michel s’est battue sur les barricades durant la Commune de Paris en 1871, moment important dans l’histoire de l’émancipation des femmes. C’est en effet à cette période que des femmes créent l’« Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés », une organisation féminine et populaire rassemblant des milliers de femmes. Réclamant le droit de défendre Paris en tant que combattantes, elles mobilisèrent des femmes dans les comités de quartier pour participer au mouvement. L’Union des femmes défendait aussi des idées comme le droit au travail et l’égalité des salaires.
Preuve que la Commune a été importante pour ce combat, c’est au cours de cette insurrection que furent adoptées les propositions des femmes d’organiser des ateliers coopératifs et d’accorder des salaires identiques aux instituteurs et aux institutrices. A ce propos, un groupe d’institutrices, dont faisait partie Louise Michel, avait adressé une pétition à la Commune pour demander des écoles professionnelles et des orphelinats laïques. Des femmes avaient mis en application le décret de séparation des Eglises et de l’Etat dans les écoles et les hôpitaux. Elles avaient obtenu la fermeture des maisons de tolérance. La Commune reconnaissait l’union libre. L’Union des femmes affirmait que « toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes ».

Les trois manuscrits récemment découverts représentent trois époques de la vie de Louise Michel. Que vous inspirent ces documents et que peut-on en retenir ?

Le premier document fait référence à son arrestation : elle était habillée en soldat et combattait sur les barricades de la Commune. A l’époque, s’habiller en homme, c’était, comme le dit l’historienne Michelle Perrot, « pénétrer dans l’espace interdit, s’approprier des lieux réservés, les rendre mixtes. Ce geste de défi symbolise les exclusions que le XIXe siècle a imposées aux femmes. » Beaucoup de combattantes furent fusillées sur les barricades, d’autres incarcérées, certaines déportées, comme Louise Michel en Nouvelle-Calédonie. Les combattantes furent humiliées, souvent traitées de prostituées, affublées du terme de « pétroleuses » par Versailles, qui les accusait de vandalisme et d’avoir mis le feu à l’Hôtel de Ville. Dans une des lettres retrouvées par la bibliothèque, Louise Michel reprend avec humour ce terme de « pétroleuse »… A son retour de déportation, elle entretient ses idées libertaires. Pendant trente ans, elle va maintenir une correspondance avec Victor Hugo, qu’elle admirait. Elle devient une conférencière très active auprès de groupes anarchistes dans toute la France, soutient les luttes ouvrières, collabore à des journaux, écrit ses Mémoires, des livres de souvenirs et des poèmes.
Les documents retrouvés par la bibliothèque sont des témoignages de son histoire. Ils montrent que son esprit libertaire et contestataire ne s’essouffle pas et rendent compte de l’humour et du manque de déférence caractéristiques des féministes de l’époque devant les autorités.

Les manuscrits de Louise Michel peuvent être consultés sur le Flickrstream de la bibliothèque.

Contact à la bibliothèque Kathryn et Shelby Cullom Davis : Marie Caillot.