17 April 2018

Souvenirs de mes études à Genève

Yan Lan (doctorat en droit international '91), directrice générale et cheffe de Greater China Investment Banking, Lazard Lt.

Je fais partie d’une génération quelque peu bouleversée. Pendant la Révolution culturelle ma famille a beaucoup souffert. Mon père et mon grand-père ont été emprisonnés dans la prison d’État de Qincheng alors que ma mère et moi-même avons été envoyées dans la campagne du Henan.

J’ai participé à la première session du baccalauréat après la Révolution culturelle. Par la suite, j’ai étudié le droit international à l’Université de Pékin avec des professeurs comme Wang Tieya et Zhao Lihai. Nous étions au début des années 1980 et la Chine s’ouvrait au monde extérieur. C’est ainsi qu’en 1984, j’ai passé deux concours, un pour entrer à l’Université Yale, l’autre pour étudier à l’Institut de hautes études internationales (HEI). J’ai choisi Genève car je voulais faire un doctorat et HEI m’offrait une bourse pour réaliser ce rêve.

Comme pour bien des gens de ma génération, le départ a été un déchirement. Nous venions de sortir de la Révolution culturelle et d’un pays fermé pendant dix ans pour nous envoler vers un ailleurs dont on ne savait rien – contrairement à la génération suivante, qui était heureuse de partir étudier à l’étranger et a pris l’avion comme on prend le bus.
 

« Nous n’étions qu’une dizaine par classe, mais nous venions des cinq continents. »


L’Institut n’était pas grand, mais très international. Nous n’étions qu’une dizaine par classe, mais nous venions des cinq continents. Les meilleurs élèves venaient d’Allemagne et d’Israël. Je devais être dans les premiers de classe pour garder ma bourse, mais même avec une licence en français j’avais la tête sous l’eau quand il fallait comprendre des cas juridiques et des notions de droit international. Avec Zhang, un autre étudiant chinois, nous avons mis les bouchées doubles et à la fin du premier semestre nous étions parmi les premiers. Le professeur Caflisch s’était exclamé : « C’est incroyable que même après la Révolution culturelle, le niveau des élèves chinois soit toujours aussi haut. Il faut que nous en recrutions plus ! »

Nombreux sont les amis et les professeurs qui m’ont aidée et à qui je suis redevable, au premier rang desquels Lucius Caflisch, mon directeur de thèse et ami de Wang Tieya. M. Wang avait demandé à M. Caflisch de prendre soin de moi, ce qu’ils firent, lui et sa femme. Ils m’ont même emmenée le week-end dans leur chalet de montagne ! Pour ma thèse, le professeur Caflisch m’a encouragée à aller faire des études comparatives aux États-Unis, où j’ai pu rencontrer l’élite des étudiants chinois à l’étranger de l’époque, comme Gao Xiqing et Wang Boming, qui avaient décidé de rentrer en Chine pour aider à instaurer le système boursier chinois. Après l’obtention de mon doctorat, M. Calflisch m’a encouragée à aller à la Chambre de commerce internationale à Paris pour un stage. Ce travail sur le terrain s’est avéré un tremplin décisif pour ma carrière.

L’article original est paru dans la revue Globe (n°20).