29 June 2018

La culture, vecteur de paix

Entretien avec Martin Michelet (MHI ’96), ambassadeur et délégué permanent de la Suisse auprès de l’Unesco.

Martin Michelet, si vous deviez résumer l’Unesco et ce qui vous a poussé à prendre ce poste…

C’est une organisation spécialisée des Nations unies avec un mandat extrêmement noble: établir la paix par la coopération dans les domaines scientifiques, éducatifs et culturels. Un chemin certes difficile et caillouteux. À considérer l’état du monde, ce mandat demeure d’une pertinence et d’une actualité intactes depuis sa fondation en 1945. La meilleure manière pour la communauté internationale et l’humanité de résoudre les problèmes, ce n’est pas de rester chacun dans son coin.

Je suis convaincu enfin que pour la Suisse, avec sa taille moyenne, la préservation d’un ordre international prévisible, stable et basé sur l’égalité entre les États représente un intérêt essentiel. En défendant nos valeurs, c’est aussi et surtout nos intérêts que nous défendons.

La Suisse a-t-elle un rôle spécifique à jouer au sein d’une organisation comme l’Unesco?

Oui, du fait de sa position, de son histoire. Nous sommes conséquents dans la défense de nos valeurs: une société basée sur l’État de droit, la promotion de la démocratie. Nous avons un rôle particulier aussi du fait que nous sommes un pays sans passé colonial. Nous parlons à tout le monde. Et puis il y a la Genève internationale, l’endroit où le monde se réunit pour débattre de questions comme les changements climatiques, le désarmement, les droits de l’homme, le commerce, l’éthique. Des problèmes très concrets qui ont un impact sur la vie des gens. C’est aussi cela, la valeur ajoutée de la Suisse.

Les États-Unis de Trump ont claqué la porte de l’Unesco. Qu’en pense la Suisse?

Nous n’avons pas à nous positionner, c’est la décision souveraine d’un État membre, qui prendra effet à la fin de l’année 2018. Et nous la respectons. Mais évidemment, c’est une perte pour le système multilatéral dans son ensemble, particulièrement pour l’Unesco. Non pas tant parce que les États-Unis étaient le plus gros contributeur, même s’ils ne payaient plus depuis 2011, mais surtout en termes politiques. La légitimité d’une organisation internationale est liée largement à son universalité.

Une des raisons de leur départ invoquée par les États-Unis, ce sont les fréquentes résolutions votées contre Israël à l’Unesco. Quelle est la ligne de la Suisse?

Martin-Michelet-IHEID-Alumni-3.jpgCela revient assez souvent, en effet, mais ce n’est pas spécifique à l’Unesco. Il s’agit de questions qui divisent la communauté internationale, comme on le voit aussi au Conseil des droits de l’homme ou à l’Assemblée générale des Nations unies. La Suisse est attachée à se positionner de manière identique dans les différentes organisations internationales en adoptant une approche non politique de ces questions dans les agences spécialisées. L’Unesco a une mission qui est censée rapprocher et il y a des programmes, des conventions et des outils de l’Unesco qui sont utilisés de manière politique par certains États, et ce qui nuit à son fonctionnement, produit des tensions, des blocages et absorbe énormément d’énergie. (…)

Article complet de Laurent Nicolet in Migros magazine, 21 juin 2018