Antonio Hodgers | Licence 1999, DEA 2003

Conseiller National au Parlement suisse pour le Parti Les Verts, Associé-Directeur du bureau Mobilidée sàrl (Genève et Lyon).



Vous avez fait votre Master en études du développement à notre Institut (anciennement IUED). Quel(le) ou quel(le)s professeurs vous ont le plus marqué et pourquoi ?

Rolf Steppacher pour l’originalité de sa pensée économique et Gilbert Rist pour son apprentissage du décentrage anthropologie. Pour l’Institut, Marcelo Kohen pour sa vision structurante du droit international et Victor-Yves Ghebali pour son réalisme en matière de relations internationales.

Que pensez-vous de l’importance d’une approche multidisciplinaire pour les études du développement ? Une perspective écologique dans le développement, est-ce une évidence ?

La multidisciplinarité est fondamentale pour comprendre les processus complexes du fonctionnement des sociétés humaines. Car une approche unisectorielle amène, par exemple, des économistes à définir un modèle de croissance matérielle infinie dans un monde écologiquement fini. L’intégration des perspectives écologiques dans les modèles économiques devrait aujourd’hui être une évidence.

Vous avez lancé en 2004 le bureau de conseil en mobilité durable, Mobilidée. Quels sont les plus grands défis pour la mobilité durable en Suisse pour les générations à venir, et quels sont les points forts actuellement ?

La Suisse dispose d’un excellent réseau ferroviaire, certainement le meilleur du monde. Si elle ne veut pas perdre cet avantage, elle doit continuer d’investir dans ce secteur, car aujourd’hui les trains sont bondés. Par ailleurs, la dispersion de l’habitat ainsi que le haut pouvoir d’achat fait que la Suisse a une des flottes de véhicules les plus émetteurs de CO2 de la planète ! Le défi de la mobilité durable pour la Suisse passe donc le train et une motorisation plus écologique de ses véhicules.

Vous dites que la Suisse du XXIe siècle est à créer. Vous parlez aussi des mythes de la neutralité et de la souveraineté Suisse. Face à l’Europe et face au monde, comment voyez-vous la Suisse dans 100 ans?

Vu la vitesse à laquelle évolue le monde, on peut absolument rien voir à 100 ans! La « Fin de l’histoire » de Fukuyama en 1989 se révèle 30 ans après être facétie.
Par contre, la Suisse dans 20 ou 30 ans, si elle continue dans son alleingang doublé d’une croyance mythologique en la neutralité et la souveraineté, se retrouvera isolée. Le contexte historique du XXIe siècle ne lui permettra pas d’avoir le beurre et l’argent du beurre, comme elle a pu en bénéficier pendant le XXe siècle.

On entend souvent parler d’un parti Vert Suisse en transition. Quel serait le rôle de votre parti pour aider notre société à faire une transition vers des modes de vie – et des emplois – plus durables ? Comment est-ce que ce parti envisage de contribuer à cette transition d’une manière plus proactive ?

Les Verts souhaitent changer la société en profondeur, mais ne croient pas au Grand Soir. Les mentalités évoluent lentement et les changements de comportement prennent du temps à se matérialiser. Le rôle des Verts est de montrer que nous pouvons créer une société créatrice et efficace, tout en sauvegardant les solidarités et notre environnement. A mon sens, c’est le principal défi de notre société.

Que pensez-vous des initiatives telles que Green Economy (UNEP) ou Green Jobs ? Le Vert aujourd’hui, couleur à la mode ou couleur indispensable ?

Les projets tels que la Green Economy sont plus qu’une mode : c’est une évolution indispensable des sociétés postmodernes. Il s’agit d’appliquer le plus vieil adage de toute espèce : s’adapter pour survivre. Le débat peut avoir plus ou moins d’acuité politique ou médiatique selon l’actualité, mais la lame de fond du changement écologique avance.