Evénements

Mardi 21 novembre 2017, 16:15 - 18:00

La naissance de l’homophobie en Ouganda (1870-1900) : Sacralite, conversions et colonisation dans un royaume africain

Henri Médard, Professeur Histoire de l’Afrique contemporaine à l'Université Aix-Marseille

ANSO Seminars

Room S1
Maison de la Paix, Geneva

La présentation d’un projet de loi anti-homosexualité au parlement ougandais le 13 octobre 2009, prévoyant la peine de mort pour un nouveau délit, l’« homosexualité aggravée » a attiré l’attention internationale sur l’homophobie virulente qui sévit en Ouganda aujourd’hui. Dans cette loi s’entremêlent de multiples enjeux. L’un d’entre eux a échappé à la majorité des observateurs internationaux, il s’agit d’une attaque contre la monarchie du Buganda et ses partisans royalistes. En effet, que le roi du Buganda a fait exécuter ses pages chrétiens, les futurs martyrs de l’Ouganda en 1886, parce qu’ils se refusaient à lui, est de notoriété publique. Un jour férié, le 3 juin, commémore nationalement ces persécutions. La loi anti-homosexuels de 2009 instrumentalise cette mémoire suite aux tensions extrêmes qui opposent le gouvernement central ougandais et la monarchie du Buganda. Ces tensions culminent, juste avant la soumission du projet de loi, avec des émeutes sanglantes en septembre 2009. A contrario, en réaction à cette loi, on assiste à la tentative par certains intellectuels et militants LGBT internationaux de transformer ce roi, Mwanga, en icone gay.

Dans notre présentation, nous analyserons les pratiques homosexuelles à la cour du Buganda durant la seconde moitié du XIXème siècle. Puis nous verrons comment la conversion au christianisme et à l’islam dans les années 1870 transforme la vision de ces pratiques et acculture la catégorie occidentale-orientale d’homosexuel (« sodomite » pour être plus exact). Dans les années 1880, le gout pour ces pratiques des rois commence à poser un problème religieux. Dans les années 1890, cette question est politisée. En 1896, dans un contexte de lutte politique intense et de l’établissement de la domination coloniale britannique, l’assemblée des chefs du Buganda, le Lukiiko, rend l’homosexualité illégale. En partie en raison de cette loi, le roi Mwanga se révolte entre 1897-1899, puis est déposé et exilé d’abord en Somalie puis aux Seychelles où il meurt.

La présentation durera environ 45 minutes et sera suivie des questions-réponses de la part des participants (45 min également) qui pour la plupart sont issus de la communauté d’étudiants et chercheurs du département d’anthropologie et sociologie.
 

A propos du intervenant

Henri MEDARD, après avoir enseigné à l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, est Professeur d’histoire de l’Afrique à Aix-Marseille Université. Il est directeur de l’Institut des Mondes Africains à Aix en Provence. Il est l’auteur du Royaume du Buganda au XIXème siècle. Paris, Karthala, 2007, 651p. Il est co-auteur avec Shane Doyle de Slavery in the Great Lakes Region of East Africa. Oxford, James Currey, 2007, 273p. et avec Marie Laure Derat, Thomas Vernet et Marie Pierre Ballarin de Traites et Esclavages en Afrique orientale et dans l’océan Indien. Paris, Karthala, 2013, 522p.

Pour savoir en plus de Henri Medard, veuillez voir son CV.